portrait et diagnostic

Petit dessin fait par l’illustratrice Adèle Dudrines lors d’un stage de chant lyrique où nous nous sommes rencontrées.
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Pour le qui suis-je … une fille de 41 ans qui a erré de diagnostic différentiel en diagnostic différentiel, ne faisant jamais consensus parmi les soit-disant pro … j’ai tout eu mais je garde enfin ce qui a projeté la lumière sur mes difficultés : je suis ASPIE ( 2016 ) avec un départ atypique avec douance… atypique car j’ai évolué avec un diagnostic de psychose avec des troubles alimentaires  à partir d’un diagnostic de dysharmonie évolutive posé en début d’adolescence lorsque j’ai commencé à avoir mes troubles alimentaires atypiques et une anxiété majeure face à la demande sociale.

Je n’ai jamais trouvé dans mon environnement immédiat la véritable compréhension de ce que je suis, il y a trop de décalage entre ma façon de penser et le retour que j’ai lorsque j’essaie d’exprimer mon être … je ne veux pas accumuler de la colère par rapport à tous ces échecs, ces errances, ces violences aussi que j’ai subies  mais je sais maintenant que la vérité n’est pas dans les livres parfois lu en diagonale par les professionnels, ou dans leurs synthèses superficielles vu que je ne donne à à l’autre que ce qui peut l’être ..
L’asperger au féminin en France est vraiment encore du « concept » et je crois bien que nos amis québécois sont bien plus en avance sur nous .. . Je suis outrée des clichés que l’on peut entendre sur l’asperger au féminin, souvent non diagnostiqué de part des spécificités qui ne rentrent pas dans les cases de diagnostic créées pour des garçons …

Ceux qui sont en bout de spectre avec en plus une douance, un langage élaboré, qui créent – oui les autistes peuvent être artistes ! – qui ont réussi à faire des études (  tant bien que mal) qui ont essayé de travailler et qui se retrouvent aussi sans emploi avec des bac +5- 8 …. des fractures psychiques en raison de fortes décompensations … se retrouvent avec des diagnostics inadaptés à la réalité … alors heureusement certains pro- vont savoir au cours du temps les distinguer, il faut parfois ne pas s’arrêter à une première rencontre surtout lorsque celle-ci est troublée par une anxiété majeure, des symptômes qui ne sont qu’un système de défense, de camouflage… même certains professionnels de CRA sont incapables d’aborder le diagnostic différentiel ou complémentaire lorsque le parcours est très compliqué et émaillé d’un nombre incalculables de diagnostics qui n’en recouvrent qu’un… celui que personne n’a jamais vu..  » Vous ne rentrez pas dans les petites cases, enfin pas aujourd’hui, à l’oral on peut dire que, mais à l’écrit c’est compliqué.. blabla…mais nous vous invitons à aller rencontrer d’autres professionnels et de vous en remettre à l’équipe qui vous suit depuis .. ( que cette dite équipe se trompe.. soit plus de 25 ans de suivi tout de même!.. La boucle est bouclée, retour à l’envoyeur…) Bref  les CRA renvoient à d’autres CRA, s’en remettent aux équipes précédentes, disent des choses à l’oral que l’on ne retrouve pas dans les synthèses écrites, ou alors des synthèses dont les conclusions ne reprennent pas le contenu, heureusement certaines équipes finissent par travailler de concert (CRA qui travaille sur les diagnostics différentiels et ceux qui connaissent très bien la personne et qui cherchent à comprendre et à ne pas rester sur leur méconnaissance d’un sujet qui leur échappe mais qui enfin répond aussi à leurs difficultés…cela s’appelle la formation continue et le professionnalisme: accepter aussi ses erreurs et les corriger ) et finissent pas prendre plus de temps pour expliquer le manque d’homogénéité des professionnels et enfin conclure.. OUI! Vous êtes asperger avec des troubles associés ….Eureka .. mais de quoi continuer à douter vu les circonvolutions pour aboutir à ce qui pour moi en tout cas pourrait devenir le sol sur lequel j’allais enfin pouvoir tenir debout et relire ma vie entière… merci Mr ** de l’Hôpital de jour d’avoir dit  » cette fille n’a rien à faire ici, elle a le syndrome d’asperger à n’en pas douter. » Le choc avait été rude vu que je ne connaissais pas, mais cela m’a menée pendant 3 ans dans un drôle de parcours pas drôle mais qui a enfin permis de m’extraire de l’univers psychiatrique fermé et de retrouver une forme de liberté et de légèreté… à cultiver…

Malgré cela, il va me falloir du temps pour assimiler cette nouvelle donnée… et surtout faire face à des réticences, et des rejets de ceux qui auront toujours l’incapacité de prendre en compte la diversité des profils.

Je veux apprendre à me reconstruire, sans plus avoir à me protéger comme avant, parce que je ne comprenais pas mes différences… C’est difficile seule…Heureusement j’ai mon ami – mon ange gardien, Antoine Ouelette compositeur-biologiste asperger qui me rassure jour après jour dans nos échanges:

« En passant, je n’ai pas de doute sur le fait que tu sois autiste, de type Asperger. Ta manière d’écrire avec des répétitions de sons est comme une poétisation de l’écholalie/palilalie typique des autistes. Le foisonnement de détails dans tes textes est tout aussi typique – les Aspis sont les autistes du langage. Bon, je ne peux pas te décerner un diplôme officiel ès autisme Asperger mais, à mon avis, tu peux vraiment poser des valises en cette matière. Je t’en reparlerai davantage un jour. ( A.O) »
( voir le lien aut’creatif dont je fais partie maintenant)

Je pense que c’est vraiment dans cette fratrie d’adultes aspergers que l’on peut définitivement se sentir inclus dans une communauté constructive, positive, valorisante .. sortir du tout  » trouble » et « maladie » … Oui on a besoin d’aide sur pas mal de points, mais est-ce que cela empêche d’être heureux ? Je ne sais pas ce que ça veut dire être heureux tant j’ai souffert.. y compris d’abus de personnes tant j’ai été naïve et mutique face à certaines choses subies contre mon gré … Je suis fière maintenant d’être autiste et mon objectif est d’apprendre à dépasser les autres troubles qui laissent encore quelques traces notamment une anxiété majeure eu égard surtout à un environnement que j’ai du mal à gérer au quotidien ainsi qu’à une grosse labilité émotionnelle due à mon hypersensibilité/sensorialité. Mon parcours m’a laissé aussi une certaine fragilité et du stress post-traumatique lors d’hospitalisations violentes…

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Au-delà de cela, mes intérêts sont: la musique avant toute chose avec la pratique du chant lyrique au conservatoire, du piano – petite j’ai fait du violon et après un peu de guitare-, le vivant en général ( lutte contre le spécisme: je suis très proche du véganisme) et passionnée par les oiseaux, les chats , les animaux et leurs comportements en général ainsi que leur langage , la Nature et la santé naturelle ( j’ai fait trois écoles de naturopathie – lauréate plusieurs fois- ), alimentation, phytothérapie…, les entrecroisements de tous les arts et surtout pour moi la pratique de l’écriture en lien bien sûr avec mes lectures mais l’écriture pour moi est une façon de canaliser tous les mots et images qui s’agitent et se créent dans ma tête, avec les couleurs les rythmes, la prosodie… J’adore lire à voix haute ( toute seule) … les mots sortent tout seuls et s’auto-nourrissent de part leurs assonances, allitérations, les images créées par le choc de leurs rencontres .. peu importe que ça n’ait pas de sens pour les autres encore une fois: moi ça me calme… c’est comme un massage: je touche les mots et ils me touchent ..

 

Voilà pour l’instant. A chacun ses particularismes… ça s’appelle la neurodiversité. ( Annexe : « autisme et psychose »

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